Le Venezuela débloque des portails d'information censurés depuis des années
Plusieurs sites d'information dont l'accès était difficile ont été débloqués jeudi par les autorités du Venezuela à la grande satisfaction de leurs dirigeants et journalistes qui ont souffert de cette censure pendant des années.
Cette ouverture intervient alors que pouvoir et opposition ont entamé jeudi après-midi un deuxième cycle de négociations neuf mois après la capture du président Nicolas Maduro par l'armée américaine.
La liberté d'expression est un des points à l'ordre du jour de cette deuxième séquence de négociations. Le premier cycle en août avait notamment abouti au lancement d'un processus de réforme judiciaire.
Des militants, des journalistes et des ONG dénonçaient ce blocage de sites web, y voyant un mécanisme de censure. Pour y accéder au Venezuela, il fallait utiliser un VPN (réseau privé virtuel).
La Commission nationale des télécommunications (Conatel) a annoncé sur son site internet le "rétablissement officiel de l'accès à diverses plateformes et à des médias de communication numériques nationaux et internationaux".
"Nous avons réussi à tenir, nous avons réussi à inventer, et nous sommes arrivés à survivre jusqu'à ce moment", a déclaré à l'AFP le directeur du site Tal Cual, Víctor Amaya.
Tal Cual est bloqué sur internet depuis juillet 2024 et la répression de la crise post-électorale de la présidentielle dont M. Maduro avait été déclaré vainqueur malgré les accusations de fraude.
Tal Cual a perdu 60% du trafic et les annonceurs se sont éloignés par crainte d'être sanctionnés par les autorités, a-t-il confié.
M. Amaya s'est toutefois montré sceptique quant à la levée du blocage pour tous les médias : "Espérons que cela ne se passe pas comme avec certaines libérations de prisonniers (politiques), où l'on en annonce 100, mais on n'en voit que 60 ou 70", espérant que la mesure permette au pays "d'avoir un environnement de communication normalisé".
L'ONG de défense des droits numériques VE Sin Filtro a vérifié l'accès à 17 sites web auprès de plusieurs fournisseurs d'accès à internet. Elle recense encore au moins 188 sites bloqués dans le pays, dont 79 médias d'information.
De son côté, NTN24 a confirmé dans un premier temps que son site web était accessible au Venezuela, mais a indiqué plus tard que l'accès était intermittent. D'autres médias ont signalé la même chose. El Nacional, Efecto Cocuyo et El Pitazo, trois gros médias, sont accessibles, ont constaté des journalistes de l'AFP.
- "Un droit", "pas une concession" -
Pour Luis Ernesto Blanco, directeur éditorial de Runrunes, "il y a une reconnaissance" de la part de l'autorité régulatrice qu'"elle les avait censurés, essentiellement parce qu'elle l'a voulu, il n'y avait pas de décision administrative, ni d'ordonnance judiciaire qui l'exigeait".
"Il faut remettre en ligne les pages qui ne sont pas en ligne au Venezuela", a déclaré à la télévision d'Etat le vice-ministre de la Communication, Gustavo Villapol, qui a dit souhaiter que le pays tourne la page de la "polarisation" et des "années difficiles de confrontation".
"Nous ne pouvons plus jamais vilipender des personnes sans avoir de preuves en main. Nous ne pouvons pas utiliser la communication au service d'intérêts étrangers au sens vital de notre nation", a-t-il dit.
La cheffe de la délégation de l'opposition chargée de dialoguer avec le pouvoir, Dinorah Figuera, a salué ce déblocage sur X : "Aujourd'hui, une fenêtre s'ouvre que beaucoup de Vénézuéliens attendent depuis des années: plusieurs médias redeviennent accessibles à ceux qui veulent savoir ce qui se passe dans leur pays".
"C'est un droit dans une démocratie pleine et entière, pas une concession (...). C'est un premier pas. Il manque encore beaucoup de médias et ils doivent tous revenir, pleinement et de manière permanente", a-t-elle aussi avancé.
La mesure avait notamment été recommandée quelques heures plus tôt par le Programme pour la paix et la coexistence démocratique, une instance non gouvernementale créée par la présidente par intérim, Delcy Rodríguez, qui est soumise à la pression de Washington.
Un ancien maire d'opposition, Javier Oropeza, rentré au Venezuela en début de semaine après deux ans d'exil, a été arrêté juedi par des agents du Sebin, le service de renseignement à Barquisimeto (nord-ouest).
"Telle est la nature de ce régime. C'est pour cela que tout le pays les déteste. Et c'est pour cela que nous allons les vaincre", a écrit la cheffe de l'opposition et prix Nobel de la paix Maria Corina Machado sur X.
S.Schwarz--BP