Cancer du sein: l'IA améliore le dépistage humain, affirme une vaste étude suédoise
L'intelligence artificielle peut améliorer la détection par l'humain du cancer du sein grâce à un dépistage mammographique plus efficace, tout en réduisant la charge de travail des radiologues, suggère une étude publiée vendredi.
Ces travaux publiés dans la revue médicale The Lancet ont porté sur l'analyse de près de 106.000 mammographies réalisées en Suède dans le cadre d'un programme de dépistage national du cancer du sein, d'avril 2021 à début décembre 2022.
Ces examens, réalisés sur des femmes de 53 ans d'âge médian, ont été scrutés pour la moitié d'entre eux par deux radiologues intervenant successivement, et, pour l'autre moitié, par un radiologue assisté par l'IA.
Il en ressort que le dépistage mammographique assisté par l'IA a permis d'alléger la charge de travail liée à la lecture des clichés, et surtout, selon l'étude, a donné des "résultats systématiquement meilleurs".
Le dépistage du cancer du sein assisté par l'IA a permis d'identifier 81% de femmes atteintes de cancers lors du dépistage contre 74% sans IA, "sans augmenter le taux de faux positifs", concluent ses auteurs.
En outre, les femmes ayant bénéficié d'un dépistage assisté par l'IA se sont vu diagnostiquer moins de cancers du sein "agressifs et avancés" (-12%) les deux années suivantes.
Cette amélioration a été constatée quels que soient l'âge et la densité mammaire (un des facteurs de risques parmi d'autres) des femmes examinées.
- "Redresser le diagnostic de l'IA" -
De précédentes études avaient notamment montré une efficacité similaire du dépistage assisté par IA avec le dépistage s'appuyant sur un double regard humain, puis une meilleure efficacité mais ciblée sur des cancers invasifs de petite taille, rapporte l'étude.
Les résultats des travaux publiés dans The Lancet suggèrent, eux, que le dépistage mammographique assisté par l'IA peut "améliorer efficacement les performances du dépistage" et "réduire la charge de travail" des radiologues, plaidant pour sa mise en oeuvre dans la pratique clinique, estiment ses auteurs.
Mais selon Jean-Philippe Masson, président de la Fédération nationale des médecins radiologues (FNMR), de récentes études américaines ont suggéré que ces outils "ne faisaient pas réellement gagner de temps et coûtaient cher".
"Cela ferait gagner du temps si le radiologue pouvait faire confiance à l'outil et dire +Ok, l'IA n'a rien trouvé, donc je signe un compte-rendu en disant qu'il n'y a rien+. Mais cela n'est pas possible: l'œil et l'expérience du radiologue doivent redresser le diagnostic de l'IA", notamment pour éviter les "sur-diagnostics", dit-il.
Car parfois "l'outil d'IA aura vu une modification du tissu mammaire qui en réalité n'est pas un cancer, mais par exemple, un croisement de vaisseaux", complète-t-il.
Interrogé par l'AFP, Stephen W. Duffy, professeur émérite en dépistage du cancer de l'Institut Wolfson de santé publique à l'université Queen Mary de Londres, a jugé l'étude "robuste".
Si elle confirme que le dépistage assisté par IA est "aussi sûr que la lecture par deux radiologues humains", il reste à confirmer par un suivi ultérieur, que les femmes ayant bénéficié de ce type de dépistage développent moins de cancers, met-il en garde.
La détection précoce a contribué à réduire la mortalité due au cancer du sein, rappelle l'étude, mais "certains cancers ne sont toujours pas détectés" par la mammographie de dépistage, "malgré la double lecture des clichés recommandée par les directives européennes". Car certains cancers d'évolution rapide surviennent entre deux dépistages.
Entré en vigueur en août 2024 et applicable par paliers à partir d'août 2026, le règlement européen sur l'intelligence artificielle (AI Act) a classé "à haut risque" les dispositifs médicaux intégrant de l'IA lorsqu'ils contribuent au diagnostic ou influencent une décision thérapeutique notamment. Ils devront donc faire l'objet d'exigences de sécurité et de performance renforcées.
N.Beck--BP