Nouveau virus chez les vaches suisses, françaises et allemandes: "l'incroyable" vitesse de la recherche
Un virus de la famille des orthobunyavirus a été mis en évidence dans un temps record après une multiplication de cas de fièvre et de diarrhée chez les vaches en Suisse, en France et en Allemagne, mais "pas de panique", affirme le chercheur Jean-Luc Guérin.
Ce virus, a priori non transmissible aux humains et diffusé par des petits insectes piqueurs, entraîne des baisses de production laitière pendant quelques jours et aura possiblement un impact sur la reproduction des animaux.
Il a été détecté dans le Doubs, en Savoie, en Haute-Savoie et dans l'Ain, selon le ministère de l'Agriculture qui affirme qu'un point est prévu mercredi après-midi mais que "qu'en termes de gravité cela n'a rien à voir avec la dermatose nodulaire contagieuse".
Le virus est proche de la maladie de Schmallenberg qui avait touché les troupeaux d'Europe de l'Ouest à partir de 2011 et entraîné avortements et malformations fœtales.
A priori il n'a "pas d'impact pour la santé publique, y compris pour la consommation du lait", affirme Jean-Luc Guérin, professeur à l'École nationale vétérinaire de Toulouse et chercheur à l'Inrae.
Question: Comment est apparu le virus ?
Réponse: C'est un phénomène qui a couvé pendant quelques semaines, on ne saura pas exactement le remonter, et qui s'est développé dans l'est de la France, dans les Alpes pendant le mois de juillet, et a circulé en Suisse et dans le sud de l'Allemagne.
C'est une zone d'élevage laitier avec des éleveurs très attentifs à leurs animaux parce que l'année dernière, à la même époque, ils étaient atteints par la dermatose, avec les conséquences dramatiques que l'on connaît. Il y avait beaucoup de craintes, mais aussi une culture d'attention aux animaux. Ce qui a aidé à la détection.
Il y a eu un facteur de confusion, puisque les fortes chaleurs entraînent aussi des pertes de production laitière.
Ce virus ne correspond pas à un virus qui aurait circulé à l'échelle internationale et été recensé dans les banques de données génétiques internationales. Il est transmis par des petits moucherons qui ont peut-être profité des conditions climatiques très particulières.
Il y a eu tout un dialogue avec les vétérinaires pour identifier les bons individus, les bons prélèvements, puisqu'on a un phénomène qui se caractérise par de la fièvre ou de l'abattement et de la baisse de production. Ces chutes de production sont transitoires, ça dure quelques jours et puis les vaches reprennent a priori leur activité, sans caractère de gravité important.
On est fortement sollicités, nous allons tester des dizaines d'élevages.
Q: Comment le virus a-t-il été identifié ?
R: Sur la base des échantillons reçus il y a une semaine, nous avons mis en évidence en fin de semaine dernière un virus proche du virus de Schmallenberg, bien connu dans la filière bovine depuis son émergence en 2011 en Europe.
Il appartient au groupe des orthobunyavirus.
Nous avons procédé à une analyse méta-génomique, qui permet de séquencer massivement des échantillons pour chercher des agents infectieux inconnus.
Par rapport à il y a dix ans, on a des outils et des laboratoires pour traiter des cas difficiles d'émergence de maladies complètement inattendues et pour les résoudre en quelques jours.
Nous avons ce week-end mis le virus en évidence en même temps que nos collègues allemands et suisses.
Entre le diagnostic et le moment où nous avons eu les génomes complets, ensuite partagés à l'échelle européenne, il s'est écoulé quelques jours.
Les choses vont à une vitesse incroyable: nous allons déployer des solutions de diagnostic dans les laboratoires de terrain au niveau des départements à partir de la semaine prochaine.
Un effort massif de recherche est en cours pour partager les connaissances à l'échelle européenne.
Q: Quelles sont les prochaines étapes?
R: Il ne sera pas forcément nécessaire de tester tous les animaux.
La prise en charge est relativement simple puisque les signes cliniques sont modérés. C'est une maladie virale avec des traitements symptomatiques de type anti-inflammatoire.
Il va falloir surveiller les impacts sur la reproduction, les avortements et les malformations fœtales.
Les recherches par les entreprises de vaccins sont déjà en train d'être mises en place, mais elles prendront des mois.
Il faut être très prudent: il y a effectivement un phénomène sur le terrain, qui nécessite que les éleveurs soient informés, mais pas de panique.
O.Vogel--BP