Périscolaire à Paris: le maire Emmanuel Grégoire exprime ses "profonds regrets" devant le Sénat
L'actuel maire socialiste de Paris Emmanuel Grégoire, adjoint d'Anne Hidalgo pendant 10 ans, a exprimé mercredi devant le Sénat ses "profonds regrets" sur le scandale du périscolaire, en reconnaissant un "manque de transparence" par le passé tout en défendant l'administration de la Ville.
Durant plus de deux heures d'audition par la commission d'enquête sénatoriale sur le périscolaire en France, qui avait questionné l'ancienne maire la veille, Emmanuel Grégoire a voulu s'expliquer "avec humilité" sur son action lorsqu'il était adjoint aux ressources humaines, de 2014 à 2017, et en tant que nouvel édile de la capitale depuis mars 2026.
Lui comme sa prédécesseure, aux commandes de Paris pendant 12 ans, sont visés par des investigations pénales à la suite des plaintes de plusieurs familles de victimes, notamment pour non-assistance à personne en danger.
"Je tiens à vous dire mes plus profonds regrets. Personnels d'abord, ceux de la ville de Paris aussi, que je représente institutionnellement", a exposé en arrivant M. Grégoire, assurant "entendre la colère, l'inquiétude, la confiance entamée envers le périscolaire".
Il a concédé un "manque de transparence" vis-à-vis des parents car les réunions "n'étaient pas systématiques", ce qui lui a valu "la critique d'une forme de froideur et d'indifférence institutionnelle", a-t-il rapporté.
"Aujourd'hui, la doctrine est claire: nous communiquons auprès de toutes les familles de l'école où un agent est mis en cause", en vertu du plan d'action à 20 millions d'euros qu'il a engagé en avril.
Depuis le début de l'année 2026, 132 animateurs ont été suspendus par la Ville, dont 52 pour suspicions de violences sexuelles ou sexistes. Sur le volet pénal, plus de 230 enquêtes sont en cours dans les écoles primaires et les crèches de la capitale, visant des personnels de ces établissements.
- "Nous n'avons pas caché de pédophiles" -
Dès les premières alertes remontant à 2014, dans un conservatoire parisien, "la Ville a fait beaucoup de choses, même s'il faut reconnaître avec humilité ce qui a mal fonctionné", a poursuivi M. Grégoire.
Il a rappelé avoir "signé de son nom" le rapport de l'Inspection générale de la Ville" qui, en 2015, a émis 50 recommandations dont la moitié n'ont pas été mises en oeuvre.
Mais "à aucun moment, la Ville n'a été prise en défaut de contrôle sur ses obligations légales en termes de recrutement d'animateurs", a insisté l'ancien adjoint aux Ressources humaines.
S'il y a eu manquements dans les signalements, comme l'avait également dit Mme Hidalgo mardi, "il n'y a jamais eu de la part d'aucun agent de tentative de dissimulation d'une affaire de violence sexuelle. Et non ! Nous n'avons pas caché de pédophiles à la Ville de Paris !", a martelé M. Grégoire, s'en prenant aux accusations "des réseaux sociaux et de Rachida Dati", son ancienne rivale aux municipales, contre laquelle la Ville a porté plainte.
Il a dit "partager" l'avis d'Anne Hidalgo sur un "échec collectif" de l'ensemble des institutions, soulignant comme elle que les maires ne pouvaient avoir toutes les solutions face aux violences dans le périscolaire qui "ne sont pas une spécificité parisienne".
"Oui, il y a eu des failles collectives", mais "il n'y a pas une minute où je n'éprouve pas un sentiment de gravité, de tristesse et de culpabilité par rapport à ce qui se passe et se qui s'est passé", a assuré M. Grégoire devenu premier adjoint de Mme Hidalgo en 2018 avant de rejoindre l'Assemblée nationale.
"Oui, nous pouvons faire mieux, ce n'est pas suffisant et j'ai pris des mesures spectaculaires depuis que je suis maire", s'est-il défendu.
"M. Grégoire nous a paru plus humble et plus juste que son ancienne supérieure hiérarchique Mme Hidalgo", a réagi dans un communiqué le collectif SOS Périscolaire en jugeant néanmoins qu'il "paie sa loyauté" à l'ancienne maire, "sans justifier de la non mise en œuvre des recommandations précises du rapport de 2015".
Les regrets du maire "sont louables, mais rappeler uniquement qu'ils ont simplement respecté le cadre légal ces 10 dernières années n'est pas suffisant", a estimé auprès de l'AFP la conseillère LR Inès de Raguenel, présidente de la mission d'information et d'évaluation (MIE) du Conseil de Paris.
La rapporteure de la commission d'enquête sénatoriale, Agnès Evren (LR), doit rendre ses conclusions à l'automne.
R.Kurz--BP