Lidl France change soudainement de patron, une "surprise totale" pour les syndicats
Changement à la tête de Lidl France: l'Irlandais John Paul Scally, nommé président de l'enseigne à l'été 2024, a quitté ses fonctions au profit du Croate Marin Dokozic, attendu la semaine prochaine, a annoncé vendredi la direction du discounter d'origine allemande, à la "surprise totale" des salariés.
Le sixième distributeur alimentaire de France, selon Kantar Worldpanel, n'a pas précisé à l'AFP les raisons du départ de M. Scally, "effectif" dès vendredi, selon l'Unsa Lidl, syndicat majoritaire.
Son successeur, Marin Dokozic, ancien président de Lidl Allemagne, "continuera de mettre en œuvre la stratégie" de croissance et d'expansion du groupe en France, a commenté la direction, qui vise 10% de part de marché à horizon 2030 contre environ 8% aujourd'hui, et veut passer de 1.630 à 2.000 supermarchés.
Chez les syndicats, informés vendredi matin, "on ne s'y attendait pas du tout", a assuré à l'AFP Mohamed Sylla, secrétaire général d'Unsa Lidl, rappelant que John Paul Scally "s'était inscrit dans la pérennité".
"On a arrêté de perdre de l'argent" mais il n'a pas réussi "à mettre en place un dynamique sociale solide", estime le syndicaliste, pour qui les salariés ne voient pas "le résultat" de leurs "efforts".
"C'est une surprise pour tout le monde", a abondé auprès de l'AFP Sabine Pruvost, déléguée syndicale centrale FO, estimant que les changements de gouvernance commencent à "être fatigants".
- "Image" sur les "prix" -
Après avoir longtemps dirigé la filiale irlandaise du groupe, John Paul Scally avait pris en août 2024 la présidence de Lidl France avec l'ambition de faire renouer l'enseigne avec son "image" sur les "prix", au terme de plusieurs années compliquées.
Son arrivée s'était accompagnée de la rétrogradation, comme vice-président, du médiatique Michel Biero, parti en 2025 après avoir porté une stratégie de montée en gamme et de bonne entente avec le monde agricole, dont l'enseigne a profité jusqu'à 2022 et la guerre en Ukraine.
De manière contre-intuitive, le discounter a perdu des parts de marché pendant la période de forte inflation liée au conflit, au profit notamment du leader français E. Leclerc, a expliqué à l'AFP Gaëlle Le Floch, experte grande consommation chez Kantar Worldpanel.
En cause, son modèle reposant quasi exclusivement sur ses marques propres, et des prix constitués en majorité de celui des matières premières, dont les cours ont flambé après 2022, selon Mme Le Floch. Ce qui a entraîné des hausses de prix plus rapides chez Lidl que chez les enseignes généralistes concurrentes, expliquant le "passage à vide" des années 2023-2024.
- "Coupes" -
Après une "remontada" pas très "impressionnante", l'enseigne enchaîne les pertes de parts de marché depuis l'automne 2025, malgré un "petit regain" en mars et avril 2026, selon Mme Le Floch. En août, elle a ainsi perdu 0,2 point sur un an, à 7,6%, relate l'experte.
La réduction des coûts menée par John Paul Scally explique en partie ce recul, selon Mme Floch, citant "les coupes faites sur la qualité des approvisionnements, la durée des stocks et la tenue des magasins, notamment du rayon fruits et légumes", qui s'est "détériorée".
Le discounter n'a pas précisé les futures fonctions de M. Scally, remerciant "vivement" celui qui a "assaini les résultats de l'entreprise", permis à l'enseigne de redevenir "premier vendeur de fruits et légumes en volume", et maintenu "son engagement" auprès notamment du monde agricole.
Egalement passé par Dia au Brésil, Marin Dokozic a occupé plusieurs fonctions de direction au sein de Lidl, notamment en Croatie, au Portugal, en Allemagne et dernièrement en Lituanie à la tête des pays baltes.
"Sur le papier, c'est quelqu'un qui connaît bien Lidl, mais est-il adapté" à la France, deuxième marché du groupe où il emploie 46.000 salariés, interroge Mohamed Sylla.
Lidl France, qui assure avoir clôturé en février son dernier exercice "quasiment à l'équilibre", a ouvert en avril des discussions avec ses syndicats pour supprimer jusqu'à 550 postes, sur la base du volontariat, une première depuis plus de dix ans.
Ce plan "suit son cours", selon M. Sylla, qui évoque une "première vague de 100 dossiers (départs ou reclassements) examinés au début du mois".
N.Beck--BP