Grèce: les pompiers poussés "à leurs limites" face à de violents incendies
Des centaines de pompiers sont engagés en Grèce dans une lutte "jusqu'à leurs limites" face à de violents incendies qui ravagent notamment une station balnéaire très fréquentée et sa région, selon le ministre de la Protection civile.
La Grèce, relativement épargnée par les grands feux en début d'été contrairement à la France et l'Espagne, est en alerte maximum sur une partie de son territoire en raison des vents violents qui balaient une grande partie du pays.
Des feux de forêt sont également actifs dans d'autres régions, a indiqué le ministre de la Protection civile, Evangelos Tournas, évoquant "des conditions extrêmement difficiles".
"Le nombre très élevé d’incendies, associé à des conditions météorologiques extrêmes, a poussé les pompiers jusqu'à leurs limites", a-t-il déploré sur la chaîne publique ERT.
Des vents atteignant 130 km/h ont été enregistrés samedi, selon meteo.gr, le service météorologique de l'Observatoire national d'Athènes.
D'épais nuages gris s'échappaient de la végétation en feu dans une zone difficile d'accès, sur les pentes du mont Cithéron, tandis qu'un hélicoptère effectuait dans des conditions dantesques des largages d'eau, selon des images de l'AFP depuis Agia Paraskevi, dans l'arrière-pays de Porto Germeno.
La fumée s’est propagée jusqu’aux côtes de l’Afrique du Nord, parcourant une distance de plus de 750 kilomètres, selon meteo.gr.
Les opérations ont été fortement compliquées par la violence des vents qui a empêché pendant plusieurs heures des dizaines d’avions bombardiers d’eau d’intervenir.
"Le vent soufflait avec une telle force que les pompiers sur place ne parvenaient même pas à ouvrir les portières de leurs véhicules", a décrit le porte-parole adjoint des pompiers, Yiannis Artopios, sur ERT.
- Dégâts considérables -
Porto Germeno, sur le Golfe de Corinthe, est un lieu de villégiature prisé des Athèniens qui y possèdent des maisons secondaires et sa population est multipliée en été.
Les dégâts y sont d'ores et déjà considérables, ont affirmé plusieurs témoins à l'AFP.
Parmi eux, Minas Tsotdanis, un agriculteur dont la maison située dans un hameau à proximité, a été détruite.
"Le feu était trop violent et le vent soufflait avec une force incroyable. Il n’y avait rien à faire, sinon regarder l’incendie. Ma maison a été entièrement détruite", a-t-il expliqué.
Malgré les ordres d'évacuation envoyés sur les téléphones portables, certains ont refusé de les suivre.
"Nous ne quitterons pas notre maison", a lancé Kalimira Karnaouri, du village voisin d'Agios Georgios. "Si nous partons, nous n'aurons plus de maison. Peu importe ce que l'on nous dit, nous resterons".
- "Tout est touché" -
Le vent "embrase (...) tout sur son passage (...) Les animaux, tout est touché", a expliqué à l'AFP Albert Bushaj, un bénévole de 40 ans.
L'incendie s'est déclaré vendredi près du village côtier voisin d'Agios Vasileios.
Avec déjà 4 à 5.000 hectares parcourus par le feu, les dégâts autour de Porto Germeno sont "inconcevables", a jugé Theodore Giannaros, météorologue de l'Observatoire national d'Athènes, sur Facebook.
Par ailleurs, près de 100 pompiers sont mobilisés sur un autre incendie à Aigialia, dans le nord du Péloponnèse (sud).
Des incendies ont frappé plusieurs régions de Grèce depuis mardi, notamment sur les îles prisées de Crète et de Paros où la saison touristique bat son plein. Quelque 6.000 hectares sont partis en fumée sur ces deux îles, selon meteo.gr.
Vendredi soir, le feu s'est rapproché d'Athènes forçant les autorités à ordonner l'évacuation d'une partie d'une banlieue d'Athènes. Les habitants ont pu en fin de soirée regagner leur logement.
Trois pompiers ont été tués.
La région d'Athènes mais aussi une partie de l'île d'Eubée ont été placées en état d'alerte maximum ce samedi tandis que le risque est très élevé sur une partie de la Crète et une majorité d'îles de la mer Egée notamment.
Les vents devraient toutefois perdre en intensité ces prochains jours, selon les services météorologiques EMY. Pour dimanche le risque de feux sera encore très élevé dans la région d'Athènes et de Porto Germeno notamment.
Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a prévenu jeudi que le pays allait vivre "des jours difficiles".
La Grèce, touchée de plein fouet par la crise climatique comme l'ensemble du pourtour méditerranéen, est en proie à des incendies chaque été en raison de fortes températures, de canicules fréquentes, et de la sécheresse.
P.Kuhn--BP