Badische Presse - Face au prix des carburants, des automobilistes se convertissent au bioéthanol

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Face au prix des carburants, des automobilistes se convertissent au bioéthanol
Face au prix des carburants, des automobilistes se convertissent au bioéthanol / Photo: © AFP

Face au prix des carburants, des automobilistes se convertissent au bioéthanol

C'est un simple boîtier qui lui permet d'écraser sa facture de carburant : deux mois après avoir converti sa voiture au bioéthanol, Julien Landreau, un infirmier scolaire de Marseille, fait partie des "convaincus" de cette technologie qui gagne du terrain.

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"Un plein de bioéthanol me coûte 25 à 30 euros", alors que l'essence classique reviendrait à "plus du double maintenant", assure cet homme de 44 ans lors du rendez-vous de contrôle de son boîtier de conversion installé sur sa petite automobile Kia.

Agrocarburant composé d'un mélange d’essence sans plomb et de bioéthanol, le Superéthanol E85 échappe à la flambée actuelle des prix du carburant, affichant un coût moyen de 0,89 euros contre plus de 2,17 euros pour le SP95-E10, le carburant le plus vendu en France.

Conséquence : comme Julien Landreau, qui avait "converti" sa voiture au début de l'été, les automobilistes sont plus nombreux à solliciter leur garagiste pour faire passer leur véhicule au bioéthanol, essentiellement produit à partir de betterave ou de céréales.

Par rapport à l'an dernier, "on a quatre fois plus de demandes pour installer ce boîtier", estime Nicolas Greco, 31 ans, cogérant d'un garage du centre de Marseille.

Casquette vissée sur la tête, Matthieu Vales, un autre garagiste marseillais, commence l'installation d'un système de conversion sur une voiture hybride.

- "Frilosités" -

Après un diagnostic du véhicule, il localise les injecteurs auxquels brancher le dispositif, "c'est un travail minutieux", décrit-il au moment de fixer le petit boîtier dans le compartiment moteur et de le relier aux injecteurs par un faisceau.

Le garage de Matthieu Vales a commencé à installer des boîtiers en juin et a vu "doubler la demande" depuis lors. L'intérêt pourrait croître avec la décision de la Région Sud de subventionner à hauteur de 250 euros les foyers les plus modestes souhaitant passer au bioéthanol.

Pour convertir légalement un véhicule au bioéthanol, le garagiste doit être homologué. Une fois le boîtier installé, l'automobiliste doit demander une modification de sa carte grise puis peut rouler indifféremment, et avec un seul réservoir de carburant, à l'essence sans plomb (SP95,SP98,SP95-E10) et à l'E85, qui contient de 65 à 85% de bioéthanol.

Le coût d'installation d'un boîtier "peut monter jusqu’à mille euros, grand maximum. On trouve des promotions à cinq cents euros", note le délégué général de l'association "40 millions d'automobilistes", Pierre Chasseray.

S'il constate "beaucoup de demandes" en raison des prix du carburant, il note aussi "des frilosités" face à une technologie encore mal connue. Le dispositif est par ailleurs réservé aux motorisations à essence et dépend aussi "de l'âge du véhicule, des kilomètres au compteur".

Le marché se développe lentement : "un peu plus de 400.000 personnes en France roulent à l'éthanol" sur quinze millions de véhicules éligibles, note Jérôme Loubert, directeur général de FlexFuel Energy Development, principal fabricant français de boîtiers de conversion au bioéthanol.

Au total, le bioéthanol, qui bénéficie d'une fiscalité avantageuse, permettrait d'économiser "841 euros par an pour 13.000 kilomètres parcourus par rapport au SP95-E10", selon le syndicat professionnel des producteurs français d'alcool agricole Bioéthanol France. De quoi rentabiliser la conversion de sa voiture en un an.

- Bilan contrasté -

Bon pour la porte-monnaie, le bioéthanol présente un bilan plus contrasté pour l'environnement, selon des experts.

La betterave ne représente que 5,8% des matières premières utilisées pour la production des agrocarburants consommés en France en 2024, d'après la Statistique publique de l'énergie, des transports, du logement et de l'environnement (Sdes).

Le maïs et le blé, principalement utilisés, sont des cultures "très gourmandes en eau, en engrais azoté et en pesticides" et "peu résilientes au changement climatique", explique Diane Strauss, directrice du bureau français de l'ONG Transport et Environnement.

La production française n'étant pas suffisante, 48% des volumes de bioessence consommés en France étaient produits à partir de matières premières agricoles d'origine étrangère en 2024, d'après la Sdes.

En tenant compte des émissions liées à l'importation, le bioéthanol permettrait de réduire les rejets de CO2 "au mieux de 10 à 40%" par rapport à l'essence, selon l'ONG Transport et Environnement.

Pour Diane Strauss, "la solution climatique, c’est la voiture électrique. Les biocarburants, c'est une distraction."

U.Berger--BP