A Blois, Glucksmann prend ses quartiers, Faure en embuscade
Un candidat qui arrive sous les applaudissements, un premier secrétaire qui s'invite dans son point presse : la primaire de la gauche socialiste et démocratique, pour laquelle le candidat de Place publique Raphaël Glucksmann part pour l'instant favori, a été lancée vendredi aux journées d'été du Parti socialiste à Blois.
L'eurodéputé et leader de Place publique est arrivé en fin d'après-midi, entouré de tous ses soutiens socialistes, dont le chef des député PS Boris Vallaud qui avait annoncé son ralliement la veille, convaincu que M. Glucksmann était "le mieux placé et le mieux préparé" pour devenir le candidat du PS.
De quoi inciter le chef du parti Olivier Faure, qui n'est pas encore candidat mais devrait se déclarer prochainement, à se rappeler au bon souvenir de ses camarades en s'immisçant de façon impromptue dans le point presse de celui qui est actuellement entre 10 et 15% dans les sondages.
Mais il l'a promis, il n'y aura "pas de sang sur les murs", et la primaire offrira un "débat sérieux, passionné". Sous le regard tendu de ses opposants, qui composent la majorité des soutiens de M. Glucksmann.
Olivier Faure n'a pas prévu de se déclarer à Blois, moment réservé à l'unité du parti, selon son entourage, mais il devrait franchir le pas très prochainement. "C'est pas encore fait", a-t-il éludé vendredi.
Tous les candidats déjà déclarés à la primaire, prévue les 9-10 et 16-17 octobre, ont rallié Blois pour faire campagne et capter l'attention médiatique à huit mois d'une présidentielle dominée par Jean-Luc Mélenchon à gauche dans les sondages.
D'autres prétendants socialistes à l'Elysée - mais sans passer par une primaire - sont venus comme le maire de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) Karim Bouamrane, et surtout l'ancien président François Hollande, arrivé en fin de journée.
Celui qui n'est pas déclaré officiellement n'envisage de se présenter qu'à la fin de l'année si "la situation l'exige", et qu'il a la conviction "qu'un rassemblement est possible" sous sa bannière.
En clair, si Raphaël Glucksmann dévisse.
Olivier Faure l'a invité vendredi devant la presse à rejoindre la primaire : "Personne ne peut construire sur l'échec de son camp", a-t-il estimé.
"J'espère que dans les prochaines semaines, grâce à la primaire, nous allons permettre de focaliser l'attention sur ce que nous portons", a-t-il insisté devant la presse, espérant une primaire "qui nous déborde".
Mais l'ancien président, qui s'est tenu en marge du campus, a de nouveau décliné, tablant sur un "moment de vérité" en décembre, où il s'agira alors de créer une "union sacrée des démocrates" allant "au-delà des formations politiques".
Pour l'instant, Raphaël Glucksmann, sur une ligne pro-européenne et anti-Mélenchon, a un temps d'avance.
Dans la soirée, alors que l'eurodéputé rencontrait des militants de plusieurs fédérations socialistes, François Hollande rassemblait de même une centaine de militants et soutiens dans un lieu tenu secret.
- Militants à réflexe identitaire -
De son côté Olivier Faure, qui a rassemblé son propre courant dans la soirée, se prépare à défendre sa ligne d'union de la gauche et des Ecologistes.
Il est "légitime" à présenter sa candidature, assure un proche, jugeant qu'une partie des militants auront un réflexe identitaire quand il faudra choisir entre un socialiste et un candidat qui ne l'est pas.
Et le même d'estimer que le match n'est "pas plié", et que tout dépendra des personnes qui viendront participer à la primaire, moyennant une cotisation de 15 euros.
"Si Olivier Faure se déclare, ça change la donne", abonde la députée Dieynaba Diop. "C'est le seul qui parle à toute la gauche".
Reste que le premier secrétaire est jusque-là sondé autour de 4 à 5%, quand il est testé.
Et Raphaël Glucksmann, qui a déjà obtenu le soutien de l'ex-candidat écologiste à la présidentielle Yannick Jadot, entend aussi attirer à lui les Verts.
Mais ces derniers, échaudés par le refus de Place publique et des militants socialistes d'une primaire ouverte avec eux, sont plus enclins à un rapprochement avec La France insoumise ou à une candidature autonome.
Vendredi, la cheffe de leurs députés Cyrielle Chatelain, accueillie en star samedi dernier aux journées d'été des Insoumis dans la Drôme, était présente à Blois. Elle a soigneusement évité de croiser l'eurodéputé.
T.Mann--BP