Badische Presse - En Suède, des WC de fortune et une manivelle pour se préparer à la guerre

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En Suède, des WC de fortune et une manivelle pour se préparer à la guerre
En Suède, des WC de fortune et une manivelle pour se préparer à la guerre / Photo: © AFP

En Suède, des WC de fortune et une manivelle pour se préparer à la guerre

A la guerre comme à la guerre... Une trentaine de personnes ont passé la nuit dans un abri de béton en Suède, se relayant autour d'une manivelle verte pour assurer leur approvisionnement en oxygène.

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On ne sait jamais.

Après plus de quatre ans de guerre en Ukraine et une série d'attaques hybrides en Europe, le pays nordique veut préparer sa population au pire. Et a organisé pour la toute première fois jeudi un exercice nocturne dans un abri antiaérien.

Rendez-vous est fixé à 18H00.

Un pompier, une retraitée, une secrétaire... Trente-sept Suédois se présentent, sac de couchage sous le bras, devant la maison de retraite de Grums, commune côtoyant un lac et de grands pins.

L'abri est sous leurs pieds et un brin d'inquiétude se lit sur leurs visages.

- "Agréable" -

Pendant le briefing, les questions fusent: la porte blindée va-t-elle être complètement fermée? Comment le niveau d'oxygène va-t-il être mesuré?

Therese Rosenblad, la formatrice, répond avec pédagogie.

Une poubelle encadrée de trois panneaux en bois fera office de toilettes, explique-t-elle.

L'enjeu, pour elle, est d'observer le comportement des participants sous terre, puis de tirer des enseignements pour imaginer un abri aussi "agréable" que possible, s'il devait un jour être utilisé.

"Nous voulons savoir comment les gens réagissent quand il y a 40 personnes autour d'eux, quelle est la température, le niveau de CO2", explique la responsable à l'AFP.

Elle s'inspire évidemment de l'Ukraine, "qui a vraiment sensibilisé la Suède à ce qui pourrait arriver" et "renforcé notre volonté de nous préparer".

L'organisatrice répartit les volontaires en dix groupes, qui prennent la direction du bunker.

Premier défi: faire descendre un homme en fauteuil roulant, le long d'un escalier gris, très raide.

Le quinquagénaire est extrait de son fauteuil, puis sanglé sur un matelas orange que deux hommes descendent avec précaution, à l'aide de poignées.

- Bébé de six mois -

Pour cet exercice, la ville a délibérément choisi des profils très variés afin de tester, au plus près du réel, les difficultés qui pourraient se présenter en cas de crise.

Kally Fröjd s'est portée volontaire.

"Il faut savoir s'occuper d'un enfant dans ce genre d'endroit", assure la secrétaire à l'AFP, son fils de six mois dans les bras.

Elle termine de gonfler son matelas.

"Nous avons un avenir très incertain", insiste la jeune mère, particulièrement inquiète de la menace que représente la Russie.

Patrik Jordansson, lampe frontale sur la tête, est lui aussi préoccupé par "tous les problèmes en Europe et en Ukraine".

A tel point que le charpentier a rejoint les rangs de la garde nationale suédoise.

Une invasion russe en Suède? "Ce n'est pas si probable", balaye le quinquagénaire.

"Mais peut-être qu'ils peuvent larguer une bombe à Stockholm, perturber nos infrastructures ou le réseau électrique", confie-t-il.

- Malaise -

Une fois installés, les participants forment un cercle et se présentent à tour de rôle pour détendre cette atmosphère un peu étrange.

L'un d'entre eux perd connaissance.

Dans cet abri construit il y a près de 60 ans, l'air est lourd. Ce sont des volontaires qui, à tour de rôle, jour et nuit, doivent l'alimenter en oxygène manuellement, à l'aide d'une manivelle verte.

Extinction des feux.

Avec son sachet de popcorn, son livre et son oreiller douillet, Annika Alfredsson assure qu'elle compte "dormir comme une princesse".

Quelques heures passent, rythmées par le bourdonnement de la manivelle.

"Je n'ai pas dormi comme une princesse", lance Annika, un peu dépitée, au réveil.

Et Patrik, le charpentier?

On le croise vers 06H00, "le dos un peu en compote", en train de noter ses impressions sur un cahier.

Son ressenti, comme celui de tous les autres, nourrira l'étude d'une chercheuse, qui sera transmise au ministère suédois de la Défense.

La nuit n'était "pas si horrible" même s'il faisait chaud et sec, estime-t-il.

"Mais je ne peux même pas imaginer comment c'est dans le monde réel, d'y dormir trois, quatre nuits d'affilée", assure le Suédois, en évoquant l'Ukraine.

"J'espère vraiment qu'on ne se trouvera jamais dans cette situation pour de vrai."

M.Keller--BP