Mondial-2026: à New York, un moment suspendu pour la communauté haïtienne
Touchés de plein fouet par la politique migratoire de Donald Trump, les Haïtiens de New York trouvent un rare motif de joie dans la participation de leur sélection à une première Coupe du monde depuis 1974, avant d'affronter vendredi une équipe brésilienne admirée.
Dans le quartier de Little Haiti à Brooklyn, les couleurs bleu et orange de l'équipe new-yorkaise de basket, championne NBA depuis samedi, dominent encore le paysage. Elles s'affichent sur les devantures des commerces comme sur les T-shirts vendus à la sortie du métro.
"Maintenant que toute cette histoire des Knicks se termine, vous allez voir surtout les couleurs d'Haïti", veut toutefois croire Vladimir Calixte, comédien de 42 ans, drapeau haïtien autour du cou.
Miné par l'instabilité politique et la criminalité des gangs, Haïti s'est vu suspendre par le gouvernement américain tous les visas de tourisme ou d'immigration. L'administration tente en outre de révoquer le statut de protection temporaire - qui interdit toute expulsion vers un pays jugé dangereux - accordé à quelque 520.000 Haïtiens.
- Equipe diasporique -
Alors, à New York, où la communauté compte environ 200.000 personnes (nées en Haïti ou descendants), la présence de l'équipe sur le sol américain est source de jubilation et de fierté.
"Ici, tout le monde parle de ça tout le temps", raconte Maélie Misidor, qui tient un petit commerce de proximité dans le quartier.
"Les billets sont hors de prix. S'ils étaient moins chers, bien sûr que j'irais. Mais là, on va regarder le match avec mon mari, des amis, dans la cour à l'arrière de la boutique", ajoute-t-elle.
Avec ses nombreux joueurs issus de la diaspora, nés et entraînés à l'extérieur du pays, la composition de l'équipe fait écho à ce que vivent nombre d'Haïtiens, observe Lyne Lucien, une artiste résidant à Brooklyn.
"Haïti s'étend bien au-delà de son territoire, dit-elle. Notre communauté ressemble à cette équipe : elle est composée de personnes dispersées aux quatre coins du monde mais qui continuent à se rassembler comme un seul peuple".
En répétant que la police de l'immigration se gardait la possibilité d'intervenir aux abords des stades, l'administration américaine a toutefois jeté un froid parmi les populations de migrants.
- Battre le Brésil? -
"J'ai l'impression que cela crée un climat de crainte inutile", estime Lyne Lucien, qui a réalisé des illustrations pour la Global Artist Series de Fox Sports, un projet collaboratif pour la Coupe du monde.
"Même des personnes qui possèdent une carte de résident aux Etats-Unis, ou qui viennent tout juste d'obtenir la citoyenneté américaine, ont peur d'y aller", dit-elle.
Hasard du tirage au sort, l'équipe nationale, défaite lors de son premier match face à l'Ecosse (1-0), se retrouve dans le groupe du Brésil, que beaucoup d'Haïtiens supportent en général.
"C'est une question de culture : on se sent plus attaché et plus proche des personnes qui nous ressemblent. Et ce sont eux qui sont à l'avant-garde du football. Comme nous ne pouvions pas jouer, nous admirions ceux qui le pouvaient", avance Vladimir Calixte.
Assis sur un tabouret devant un salon de coiffure en attendant son tour, Sonny Etienne, 43 ans, juge d'ailleurs impossible que l'équipe haïtienne l'emporte vendredi.
"Les Brésiliens sont les leaders, qu'est-ce qu'on peut faire? C'est dommage de se retrouver face à eux, ça faisait tellement longtemps qu'on n'avait pas été dans cette Coupe du monde!", peste-t-il.
P.Kuhn--BP